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Quand partent nos hirondelles

Derrière les jours
le regard clôturé
je couds des ailes 
sur mes paupières pour encore te rêver
sous le duvet écumeux des hirondelles
qui interrogent ton absence 
dessous la fourrure des hivers
dans l’exil des saisons
Elles s’engouffrent dans le bruit
ces doublures de nos nuits
faisant retentir 
la vieillesse des heures que j’ai tuée
à attendre que tu reviennes

Et elles hurlent sauvages 
ces hirondelles 
me rappelant 
l’or pluvieux de mes déluges
et l’encombrement du ciel

sous ta bouche azurée
que je cherche encore à baiser
L’air déchiré de cris 
Je prends de l’élan 
pour voler sur les gouttes de mélancolie
qui pleuvent entre les bleus

féroces de l’éther
Mais mon visage tombe
dans les bois sans feuillage 
la langue sans eau
et la gorge piétinée par nos empreintes 
sur des pierres maquillées 

Tout se perd 
à l’intérieur 
dans les frôlements de nos pensées
à réfléchir à un autre côté
à d’autres contrées
Pourtant sous la lune 
je saisirai
sous mes rondeurs 
des peuples de caravanes 
pour héberger tes amours nomades 
comme un monde entier de routes

à apprivoiser

Aux creux de nous
sur les bordures 
de nos songes grillagés
se déploient 
des fragments de nos masques fissurés
Et je me rappelle, hier, 
dans nos apparences métissées
les battements de nos corps 
s’effeuiller sur les perles des sueurs
leurs ouvertures animales 
aux tiédeurs d’incendie
où la nudité de nos désirs 
ne se fardaient pas

Quand partent nos hirondelles
mes lèvres enlacent
le reste de nos tendresses avortées
et je cueille 
en attendant qu’elles reviennent
mes solitudes en bouquet d’amertume
car il ne reste plus rien 
sur les hauteurs de nos noms à escalader

PHOTOGRAPHIE: Ombilik Niko