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Le danger d’être comme une orange

Aujourd’hui révoltée
je jette des pavés 
sur l’édifice de mon cœur déjà éclaté 
ne reflétant plus 
que par morceaux 
un miroir d’abîmes 
aux instants fragmentés 
et je me raconte le danger de t’avoir aimé…

Le danger de nos caresses
à multiplier l’épaisseur de tes bras
l’accolade de mes lèvres
à morceler la géométrie infinie de ta peau
et finir repliée sur moi
dans l’expansion de toi
telle une poupée russe
enterrée sous des étagères 
colonisant en cage 
ton volatile langage

Le danger d’être segmentée

comme une orange 
un fruit transpercé
que par erreur on rempile
et qui gagne en densité…

en intensité…

Je voudrais m’allonger sur un lit de feuilles
la gorge obstruée de terre
et écouter pousser sur les dalles
dans mon silence de cimetière
un jardin de chimères
Je sentirais croître sur mon torse 
entre mes seins d’hier
un oranger 
bourgeonnant de mélancolie 
qui jamais ne refleurira dans cette vie  
Et oublier…

Oublier le danger des laisses
que l’on s’était enfilées au cou 
ces fidélités ornementales
au serment d’animal
servant à dompter 
l’instinct féroce de nos échos...

de nos égos

Émeutière 
au crépuscule sans collier
j’erre dans mes dépendances 
dans l’irruption du passé 
évoquant les râles de mes émotions 
que je pensais apprivoisés

Le danger d’attendre… 
Le danger de t’attendre… le danger de m’attendre… 
plongée dans le noir !

Le danger de revivre 
indéfiniment 
ce temps 
ne voulant pas entendre la dureté de tes mots 
qui ne résonne pas au présent…

PHOTOGRAPHIE: Anthez