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Je m’appartiens

Je m’élance sans mouvement 
dans le vide
me rejoindre dans les souffles 
mugissants des cimes 
derrière ce voile étranger
la gorge gonflée de paroles

Et je sens palpiter
sur l’autel où brillent les sommets 
mon cœur défiant 
étalé sur de pieuses icônes 
abandonnant son humeur sacrée

Dressé sur mon corps effarouché 
tu avais promis 
mais tes incertitudes 
soulèvent ma race aérienne
comme un oiseau
en proie à des suspensions instinctives 
qui mordent le sang 

Dans un bond vers l’indicible 
sans amant sous le ventre 
pour m’effondrer
je suis pâle d’une mort ressuscitée
je suis ivre d’intimité
sous ma robe de chair

Je consomme dans un élan de feu 
des joies adultères avec moi-même 
et m’abandonne nue
sur un océan de ciel immaculé
loin du mépris des personnages 
aux actes sans vertige 
jouant sur les scènes anéanties
de leur théâtre 
un amour de tragédie

Et cette désobéissance
soulève mon corps d’animal
ma force m’arrache les flancs 
dans un essor de soupir 
car sur mon temple ruisselle 
mes plaies consolées 

Longtemps j’ai étiré 
la prunelle de mes doigts
pour ne plus regarder
l’hystérie de ces chiennes 
qui accumulent les brèches 
sous les tissus de leur peau 

Je ne suis plus d’Elles
et je me chante 
des berceuses rebelles
pour embrasser mon impalpable bouche
à l’écart du cri carnassier
de tes furies orphéennes

Enfin prête à bondir vers des adieux
je ne suis plus l’esclave
je m’appartiens
toi sans retour
je m’appartiens !

PHOTOGRAPHIE: Ombilik Niko